D'où viens-je ? Où vais-je ? Qui suis-je ?
Une auto-interprétation de mon parcours et de ce qui a fait de moi qui je suis.
Je m'appelle Didier Soulage et je suis né en 1964, à la charnière entre les boomers et la génération X. Personnellement, je me sens plutôt de la génération "crise" : 1973, premier choc pétrolier, j'avais 9 ans. L'entreprise de transport international de papa fait faillite. Adieu la bonne, bonjour le HLM. 1979, second choc pétrolier. Depuis, toutes les politiques menées, toutes, n'ont parlé que de rigueur, d'austérité, de chômage, de dette publique, et surtout de chômage. Génération chômage, tient, ça sonnerait pas mal.
Le slogan qui aura marqué mon enfance, c'est "En France, on n'a pas de pétrole, mais on a des idées", asséné par un grand type beigeasse (les débuts de la TV couleur) affublé de rouflaquettes et d'un interminable pantalon pattes d'éph.
(voir article En France, on n'a pas de pétrole mais on a des idées)
En 1982 j'ai mon bac, C, mention très bien (bah quoi ? j'ai pas tant de médailles dans la vie, c'est pas fanfaronner que d'être fier de sa mention). On m'avait dit : "t'es bon en maths physique, hop, tu feras ingénieur". Bon, j'ai donc intégré les classes prépa, math sup, puis math spé. En 1984, j'intègre une école d'ingénieurs de l'Etat, l'ENTPE, non par amour des travaux publics mais davantage par intérêt pour le statut d'étudiant fonctionnaire-stagiaire rémunéré. Quand on est fils désargenté des chocs pétroliers, ça fait la différence.
A l'ENTPE, j'apprends certes le béton précontraint et la MMC (mécanique des milieux continus) mais aussi l'aménagement au sens large et plutôt noble, et accessoirement l'informatique. Avec mon camarade Bernard Halais nous connûmes les belles heures du DPS7, giga ordinateur de l'époque installé dans la ville nouvelle de l'Isle d'Abeau et dont la puissance devait être à peu près celle de la télécommande de votre TV d'aujourd'hui. A l'époque, c'était le fin du fin de l'informatique.
Deux cours en particulier m'ont marqué : la sensibilisation à l'espace, sorte d'introduction aux préceptes de l'aménagement urbain, et l'analyse de données. Si le premier m'ouvrit de nouveaux horizons, ce dernier me passionna : on vous donne un fatras de données informes et vous arriver à mettre en évidence les axes qui leur donnent sens. Magique ! La quête de sens… Il n'y a pas de hasard.
Dans le cours de sensibilisation à l'espace, nous assistons à la projection du film Koyaanisqatsi, film documentaire expérimental réalisé par Godfrey Reggio produit par Francis Ford Coppola et sorti en 1982. Le choc. Le choc des images, le choc de la musique (Philip Glass, je suis un grand fan), le choc de la narration. Le choc de la vision. Tout y est déjà : la frénésie technologique, l'épuisement des ressources, la perte de sens, la destruction de l'environnement. Avec une force de narration incroyable. Si vous ne l'avez pas vu, courez y, c'est par là : https://www.dailymotion.com/video/x9tttde
(le film est entrecoupé de pub mais paradoxalement, je trouve que c'est une intéressante mise en abîme du propos du film...)
Mon travail de fin d'études porte sur la réalisation d'un logiciel de formation assistée par ordinateur pour apprendre… le fonctionnement d'un ordinateur. Déjà l'envie d'enseigner était bien présente, tout comme d'ailleurs mon côté geek passionné de technologies et du futur.
En 1987, je suis recruté par l'excellent Jacques Beaumont, devenu un ami cher : il voulait faire prendre le virage numérique à son équipe acoustique formée aux outils analogiques. Ce que je fis. Mais chemin faisant, je pris le virage acoustique et pas qu'un peu. En quelques années, je deviens président de commission de normalisation AFNOR, représentant français à l'ISO, membre de la délégation française pour la préparation de la directive européenne sur le bruit de 1992, toujours en vigueur.
Si l'on tape dans un moteur de recherche "didier soulage bruit", on trouve encore pas mal de mes publications de l'époque. Souvenirs, souvenirs.
1992, Sommet de la Terre à Rio. Bam, le développement durable est proclamé comme objectif atteignable. C'était il y a 34 ans.
C'est le moment où je commence à me sentir un peu à l'étroit dans le seul sujet du bruit dans l'environnement et j'aborde plus largement les thématiques de l'aménagement et des impacts sur l'environnement. C'est le moment où je me rapproche des territoires, dont je tombe amoureux, bim ! Et je découvre l'engagement de ceux qui œuvrent au service de la collectivité au sens premier : les élus, envers qui je conçois la plus grande estime tant la grande majorité d'entre eux fait montre d'un engagement sans faille et courageux pour l'intérêt public.
Puis je travaille successivement dans une association de collectivités, dans une direction départementale de l'équipement sur les projets ferroviaires, puis en tant que chef de service urbanisme, développement, connaissance des territoires, en DDT puis en DREAL. Et une expérience de plusieurs années en tant que chargé de mission auprès du préfet de région Rhône-Alpes. J'ai eu l'occasion d'y côtoyer Jean-François Carenco, grand serviteur de l'Etat auprès qui j'ai beaucoup appris (c'était aussi extrêmement décoiffant, mais stimulant !).
Si on me demande une réalisation marquante de toute cette période, l'une me vient spontanément parmi plein d'autres. A la DDT de Saône-et-Loire, j'avais travaillé avec l'estimé Guillaume Fauvet (devenu depuis maire de Saint-Denis-les-Bourg) à la prise en compte du développement durable en urbanisme. C'était forcément assez complexe. Comment faire en sorte que cette complexité soit néanmoins accessible au plus grand nombre, à commencer par les élus qui ont la charge de l'aménagement de leur territoire ? Eh bien, il suffit de l'avoir en permanence dans sa poche, et hop ! Était née l'idée d'un petit fascicule simplifié en format accordéon que l'on pouvait avoir en permanence dans sa poche. Un grand succès diffusé à tous les élus du département. "Ouhlala, mais c'est quoi donc le développement durable en habitat ? Hop, mon accordéon ! Ah oui ! L'inclusion, l'efficacité, la sobriété, …". Le tour est joué !