1973, premier choc pétrolier. En quelques semaines, le prix du pétrole est multiplié par 4. Inflation, stagnation économique, c'est la stagflation.
C'est la fin de la période appelée "les Trente Glorieuses" qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale : plan Marshall, baby boom, croissance annuelle à 5%, chômage à 2,4%, c'était la fête pour l'économie de marché et le pouvoir d'achat. Formica, machines à laver, tout était possible, le progrès coulait à flot.
Vous pensez que je vous parle d'une époque préhistorique qui n'a plus d'intérêt ? Lisez donc ce qui suit.
En 1973, donc, bim, la croissance s'effondre et le chômage augmente. J'avais 9 ans. Je suis un enfant des chocs pétroliers.
En 1974, l'agence pour les économies d'énergie (ancêtre de l'ADEME) trouve le slogan "En France, on n'a pas de pétrole mais on a des idées" et diffuse sur les postes de télévision une vidéo qui dit ceci :
"En France, on a toutes sortes de choses : on a la meilleure cuisine du monde, une industrie puissante, la pétanque, une histoire glorieuse. On a aussi une situation géographique privilégiée. La Tour Eiffel et la pêche à la ligne. Oui, en France, on a tout ça. Et bien plus encore. Pourtant, une chose nous manque, une chose essentielle. Le pétrole. Le pétrole, nous sommes obligés de l'acheter à d'autres. Cher, trop cher. C'est notre richesse qui s'en va et notre façon de vivre qui est menacée. Alors que peut-on faire. Eh bien d'abord, mieux utiliser l'énergie. Et ça justement, nous pouvons faire sans changer notre façon de vie. À partir du 15 septembre, l'Agence pour les économies d'énergie vous dira comment. Vous verrez. En France, on n'a pas de pétrole, mais on a des idées."
Si les images ont vieilli, bien que délicieusement kitsch, le discours est par contre incroyablement actuel : "Le pétrole, nous sommes obligé de l'acheter à d'autres. Cher. trop cher. C'est notre richesse qui s'en va."
Brrrrrr, ça fait un peu froid dans le dos de se rendre compte combien ce propos de 1974 est toujours autant et plus que jamais d'actualité. C'était il y a 52 ans !
Le pétrole est toujours aussi cher. Les énergies fossiles comptent pour 60% de toute notre consommation d'énergie en France et nous coûtent 60 Mds€ à importer en moyenne chaque année, 110 Mds€ en 2022 avec la guerre en Ukraine et on verra combien en 2026 avec la guerre avec l'Iran.
Dans La Tribune du 6 mai 2026, un article relate les propos tenus par Christine Lagarde, en substance : l'Europe importe 60% de son énergie, presque entièrement des énergies fossiles, dépendance dont le coût économique apparaît "clairement insoutenable".
52 ans de surplace ????
Mais, heu, on disait déjà que ça nous coûtait trop cher en 1974 et on est encore en train de dire que ça coûte toujours trop cher... Certes, depuis 1974 nous nous sommes dotés de réacteurs nucléaires et notre électricité est décarbonée à plus de 90%. Mais ce qu'il s'est passé c'est que la consommation de pétrole par les transports a doublé depuis les années 70. Nous sommes donc toujours dépendants du pétrole/gaz importé.
Ci-dessous, quelques images de l'époque. La première, qui demande si on a vraiment besoin de sa voiture aujourd'hui, résonne avec un autre article de mon blog sur la sobriété La sobriété et les amish, une histoire d'homme de paille
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