BAIGNADE INTERDITE
Ce matin, franceinfo fait un reportage sur des jeunes qui se baignent dans la Mayenne en ces jours de forte chaleur, bravant ainsi l’interdiction des autorités.
Alors que les canicules deviennent la norme : de plus en plus précoces, de plus en plus tardives, de plus en plus fréquentes, de plus en plus intenses, est-il raisonnable de continuer à imposer les mêmes règlementations à la baignade ? N’est-il pas salutaire, au contraire, de favoriser l’accès aux eaux de baignade ?
Que disent les chiffres ?
Le site santepubliquefrance.fr nous apprend que :
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en 2024, on a dénombré « plus de 17 000 recours aux soins d’urgence pour l’indicateur sanitaire composite iCanicule (comprenant les hyperthermies, déshydratations et hyponatrémies) » et « plus de 3 700 décès attribuables à une exposition de la population à la chaleur sur l’ensemble de la période de surveillance de l’été. »
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La même année, « entre le 1er juin et le 30 septembre 2024, 1 244 noyades ont eu lieu en France dont 350 suivies de décès ». Et « sur la seule période du 16 juillet au 15 août 2024, 576 noyades ont été recensées soit une augmentation de 41 % par rapport à la même période en 2023, en lien probable avec les périodes de fortes chaleurs qui se sont succédées, rendant ainsi les conditions de baignade très favorables. Pour ces deux quinzaines, on dénombre 146 noyades suivies de décès en 2024 contre 109 en 2023 (+34 %). ». Dans le détail, santepubliquefrance précise que la moitié des décès par noyade se situe en cours d’eau ou plan d’eau, l’autre moitié en piscines privées. En toute rigueur, donc, le nombre de décès dans des lieux susceptibles de faire l’objet d’une interdiction de baignade est donc en 2024 de 175.
La chaleur tue 10 à 20 fois plus que les noyades
Froidement, on pourrait constater que la chaleur tue 10 fois plus que les noyades et 20 fois plus que les noyades en cours d’eau ou plan d’eau.
Pour autant, peut-on se contenter de cette glaçante analyse ? Chaque mort n’est-il pas un mort de trop ?
Je ne vais pas m’aventurer sur ce terrain qui est par trop éloigné de ma sphère de compétences. Mais si vous avez des éléments de réflexion sur le sujet, n’hésitez pas à commenter.
Quand on meurt de chaud, c’est la faute du soleil.
Quand on meurt noyé, ce n’est pas la faute de l’eau.
Hé oui, quand on se noie, c’est de la responsabilité de celui qui aurait dû se couvrir en apposant le fameux panneau « baignade interdite », c’est à dire du gestionnaire du cours ou plan d’eau.
Hunhun. Mais alors, si la chaleur tue 10 à 20 fois plus que la noyade, je ne vois nulle part de panneaux « Place interdite en cas de canicule », « Pratique du sport interdite entre 10h et 20h et en dehors des zones ombragées », « Hydratation obligatoire dans cet espace », …
Les panneaux auxquels vous avez échappé (et c'est tant mieux) :
Evidemment, ces panneaux ne sont pas une illustration de ce à quoi il faudrait arriver, haha non, c'est tout le contraire. Avec des aménagements bien conçus, adaptés à ce nouveau climat et au climat des décennies à venir, on devrait pouvoir s'en passer.
Si la chaleur tue, est-ce uniquement la faute du soleil ? Vous avez 3 heures.
Même chose pour les normes d’habillement avec le marronnier à chaque canicule du bermuda au travail. Et des tongs et autres sandales nu-pieds.
Lorsque je dirigeais le Centre de ressources pour l’adaptation au changement climatique, j’avais tenu à mettre en avant l’exemple des chauffeurs de bus de Nantes venus travailler en jupe pour protester contre l’interdiction du port du bermuda (alors que la jupe était autorisée pour les femmes).
Tout ceci nous conduit à nous interroger sur la pérennité de nos normes sociales face au changement climatique. À leur robustesse même face à la pression du public qui est à la recherche de solutions pour vivre dans cette nouvelle donne climatique, à l’instar de ces jeunes qui bravent les interdictions de baignade ou encore de ces chauffeurs de bus qui contournent les règles d’habillement.
C’est un enjeu de crédibilité pour les pouvoirs publics et autres édicteurs de normes, au risque de se faire déborder par les usages.
Churchill disait qu’entre le démocratie et le chaos, il n’y a que cinq repas. Oserais-je le paraphraser en écrivant qu’entre le respect des règles et la désobéissance, il n’y a que cinq degrés ?
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Commentaires
Jolie illustration ce jour au 12/45 sur M6 avec un reportage sur ces jeunes qui ouvrent les bouches d'incendie pour se rafraîchir. A noter que cela n'a rien de nouveau, contrairement à ce que certains populistes voudraient faire croire : cette pratique est repérée depuis le début du XXe siècle. L'humain prend ses besoins de fraicheur là où il les trouve.
Assez pertinemment je trouve, M6 titre son reportage "RAFRAICHISSEMENT INTERDIT". Exactement le paradoxe que je traite dans ce post. Nice isn't it ?